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Piotrinjapan
Quelques nouvelles de mes trois mois au Japon !
Expérience peu commune que celle du travail dans une grande entreprise japonaise ! Nous avions été très bien introduits, que ce soit par nos tuteurs comme par nos camarades japonais. Et ce n’est pas un luxe au Japon : évidemment, sans introduction, difficile d’aller où que ce soit dans toute entreprise, mais en plus les japonais ignorent le principe même du stage… Nous avons donc soigneusement présenté à nos futurs collaborateurs les motivations de notre présence au sein de leur entreprise et leur avons expliqué comment nous concevions ce stage de terrain. Dès notre arrivée : la cérémonie répétée de l’échange des cartes de visite. Nous avions été prévenus mais c’est très drôle de le voir en vrai. Lorsque deux japonais se rencontrent, que ce soit dans un cadre informel comme professionnel, ils échangent fort civilement leurs cartes de visite selon un rituel bien établi. Chacun présente sa carte à son interlocuteur en la lui tendant bien en face, puis en accompagnant ce geste de maintes courbettes, tous deux s’échangent leur carte. Il s’agit alors pour eux de la détailler très attentivement, de faire quelques commentaires polis sur les caractères qui composent le nom de chacun et d’y déceler tout une série d’interprétations louangeuses ! Comme nous-mêmes n’avons pas de carte, c’est allé assez vite : nous en avons reçu rapidement une demi-douzaine avec la plus grande prévenance et avons pris possession de nos bureaux.
Nous travaillons à l’extrémité d’un vaste plateau qui semble à lui seul occuper la moitié d’un étage dans l’immeuble immense où nous travaillons. Comme dans une salle des marchés en banque, m’a dit ma camarade française, il n’y a aucune véritable cloison entre les tables, de sorte que je peux parler les yeux dans les yeux à mes voisins d’en face, de droite, de gauche… Notre camarade japonais nous a assuré que les travailleurs japonais détestent les cloisons qui les empêcheraient de communiquer normalement en travaillant. Et de fait, tous ont l’air de travailler constamment en équipes : de bureau à bureaux, ils se hèlent, s’interpellent, se font des blagues, se demandent conseils… Et lorsque c’est nécessaire, une petite réunion s’improvise entre deux rangées de tables. Cependant, de ce plateau immense, il ne se dégage pas une impression de vacarme mais bien plutôt une ambiance de travail efficace et effectué dans la bonne humeur. Je ne sais pas si c’est le cas dans toutes les entreprises japonaises… j’ai le souvenir d’une description moins enthousiaste dans le livre d’une jeune romancière française ! Un autre rite de passage et celui de la formation au bon usage des poubelles : cela prend une petite heure d’apprendre à trier les déchets et à les jeter au juste endroit. Personne n’a de corbeille à côté de son bureau, donc tout le monde fait le tri dans une douzaine de boîtes à ordures différentes : une pour les détritus combustibles, d’autres pour les déchets en papier, en plastic, en métal, pour les ordures d’origine organique, et j’en passe !
A midi, de petits haut-parleurs entonnent l’Hymne à la joie en sourdine : les têtes se lèvent, puis, surprise (!), sur le plateau toutes les lumières commencent à s’éteindre. Pour faire des économies d’électricité, les lampes ne sont rallumées qu’à la fin de la pause déjeuner. Il est ainsi possible de faire la sieste en se renversant en arrière dans son fauteuil ou en reposant la tête sur son bureau. Nous montons pour notre part à la cantine : je dis bien montons, car ici la cantine occupe le dernier étage et non le sous-sol. En haut, nous jouissons d’une vue admirable sur les montagnes : tout un paysage tourmenté de vallons, de vergers, de petits défilés, de villettes et de grosses usines perdues sur les pentes raides de vertes montagnes couvertes d’une forêt touffue. Quel plaisir, quand à Tokyo on voit si rarement l’horizon !
Au self-service, nous commettons l’erreur de choisir des udonsoba pour le déjeuner : ces épaisses nouilles de froment sont servies dans une soupe très savoureuse ! L’ensemble bouillant, dans un gros bol plus proche d’un petit saladier… Allez manger cela avec des baguettes lorsque vous portez un costume-cravate ! Ma compatriote et moi-même avons joyeusement et maladroitement attaqué notre plat… une demi-heure plus tard, notre tuteur s’était excusé avant de prendre congé et retourner travailler, nos chemises avaient connu un bien mauvais moment, et notre camarade japonais qui nous avait vu en détresse, la tête perdue dans notre grand bol, souriait patiemment… Les japonais sont capables de déjeuner en un quart d’heure ; et nous avions eu le temps d’entendre plusieurs fois la musique guillerette (Edelweiss, de la Mélodie du Bonheur) qui résonne toutes les demi-heures pendant le repas ! Une dernière mélodie, japonaise, celle-là, clôt le roulement des différentes divisions de l’entreprise à la cantine entre midi et deux. A la fin de la journée, dès 17h (puis toutes les heures jusque fort tard) retentit Yesterday des Beatles qui donne le signal du départ. Nous décollons. En bas du bâtiment, des agents de sécurité nous saluent courtoisement, puis un peu plus tard, sur le chemin qui conduit de l’arrêt de bus à la gare, d’autres agents de sécurité de notre entreprise qui font la circulation nous saluent très gentiment ; enfin, deux agents sur la passerelle qui mène aux quais règlent les flux des piétons… et un dernier tient une pancarte que notre camarade nous traduit : « Merci de vous être fatigué pour notre entreprise aujourd’hui » ! Ils sont des dizaines dans l’ensemble de l’entreprise payés pour notre confort et notre sécurité !
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