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Piotrinjapan
Quelques nouvelles de mes trois mois au Japon !
Avec deux amis, nous avons voulu un soir découvrir les bois autour de
Kyoto pour savoir sur quel genre de sites ces magnifiques jardins avaient été établis. Nous avions passé une grande partie de la journée à longer un long canal dont les abords ont été aménagés
depuis des centaines d’années en promenade, le Chemin de la Philosophie. Le soleil étant de la partie ce jour-là, nous avons profité à plein des jeux de lumières sur ses eaux calmes. Nous balader
sous les branchages accompagnés du clapotis des eaux nous reposait des visites incessantes. De temps à autre, nous changions de côté du canal pour mieux profiter des alentours : ruelles
bordées de maisons de bois, ateliers d’ébénistes et de céramistes et marchands d’estampes ou autres souvenirs… Le lieu est bien connu des touristes mais a gardé son âme. Dans une ligne droite,
sous le parasol de grands érables,
un vieux japonais
dessinait : assis sur une passerelle de béton, il retraçait minutieusement la vue sur le canal. Tel un Orphée aux oiseaux, il était observé dans son travail par un pigeon et quelques
moineaux ! Après l’avoir contemplé aussi un instant, nous avons poursuivi notre parcours par la visite d’un grand temple à flanc de colline. En fin de journée, comme rien ne nous en
empêchait, nous nous sommes échappés dans les bois qui le jouxtent. Quel calme, dans l’obscurité tombante ! De grands résineux au tronc bronze, vert ou acajou s’élancent
vers le ciel, le sol est tapissé de feuilles d’eucalyptus glissantes et la pente est raide.
Un vrai épisode à la Miyasaki : au détour d’une colline, nous avons trouvé un petit temple shinto perdu au milieu des bois… Mais pas si perdu
apparemment : comme nous gravissions la pente d’en face, nous avons remarqué des mousquetons accrochés aux arbres le long du sentier. Interloqués, nous avons poursuivi notre ascension. Au
sommet, une équipe de sauveteurs nous a vus débouler avec stupeur : ils nous ont dit que la nuit allait bientôt tomber et qu’on devait rebrousser chemin. Nous étions ennuyés – car un peu
perdus si on ne reprenait pas le même itinéraire qu’à l’aller - et avons commencé à parler gentiment. Soudain, une autre partie de leur équipe est revenue, un brancard sur les
bras. Tandis que ces six sauveteurs discutaient avec nous, une autre demi-douzaine était à la rescousse d’un promeneur égaré… Ce dernier, la cheville tordue, avait perdu connaissance. Ils étaient
donc là à plus de dix pour le ramener en ville : des photos du sinistré furent prises, puis la redescente s’amorça, laborieuse sur ce terrain en pente raide… d’où les mousquetons ! Nous
pensions en profiter pour nous carapater, mais sur le nombre qu’ils étaient, il y en avait toujours un pour veiller sur nous ; il nous raccompagna d’ailleurs jusqu’en bas, nous interdisant
de reprendre notre chemin de l’aller et nous confia à un jeune pompier qui, lui, savait parler anglais. Ce dernier tenta de nous expliquer le chemin puis se décidant, nous conduisit jusqu’à la
station de train la plus proche, à dix minutes à pieds de là… le sens du service japonais !
Une autre fois encore, nous nous sommes promenés dans une forêt : c’était au sud-est de Kyoto, vers la fin de notre séjour dans cette ville merveilleuse. Nous allions visiter le sanctuaire
shinto le plus impressionnant de tout le territoire nippon ! Un
sanctuaire qui s’étend sur des kilomètres dans les collines, déroulant ses milliers de marches sous autant de torii rouges… rappelez-vous, ces grands portiques couleur corail qui d’habitude
ouvrent et closent l’espace sacré des sanctuaires shintoïste. Le sanctuaire Fushimi Inari fait dans la démesure : les toriis s’y succèdent si étroitement qu’ils font comme un long tunnel
au-dessus des têtes des visiteurs. Entre deux allées de torii, on trouve parfois un cimetière, un petit temple, des oratoires, des fontaines pour se purifier et aussi des sources alimentant de
petits ruisseaux qui érodent doucement les collines à l’ombre des branches des pins. L’écorce des arbres est parfois exploitée : elle sert à l’étanchéité des toits pour les temples et
habitations traditionnelles ; les troncs sans écorce prennent une belle couleur acajou. Ces mêmes troncs bien droits sont peut-être aussi utilisés pour la production en série de toriis.
Nous avons rapidement remarqué que certains toriis étaient
flambants neufs quand d’autres commençaient (ou finissaient) déjà de pourrir. Nous avons laissé de côté l’hypothèse d’une restauration très négligente des toriis. Progressivement, nous en sommes
venus à penser que ces toriis seraient de stupéfiants ex-voto putrescibles ! Les pieds plantés à même la terre et couverts d’inscriptions toujours tournées vers le haut de la colline, donc
vers le ciel, ne font-ils pas d’excellents supports pour les prières que les terriens adressent aux esprits ? L’eau s’infiltre progressivement dans les poutres et fait se gondoler la
peinture rouge que le soleil décolore. Bientôt, seul le petit faîte de ces toriis reste bien net. Peut-être ressert-il dans d’autres toriis ? De temps en temps sur ces monts très raides,
entre les troncs des arbres et des toriis, nous pouvions
apercevoir en contrebas, jamais bien loin, les faubourgs de la ville gigantesque. Au terme de cette ascension au milieu des bois, après plusieurs heures dans ce dédale sacré, nous nous sommes
enfin retrouvés tous les trois en bas, à comparer nos exploits… Une troupe de grands-mères venues en pèlerinage nous a suivis de peu, nullement rebutées par les escaliers sans fin. Un jeune
couple redescendait également de la colline et la demoiselle portait des chaussures aux talons on ne peut plus hauts !
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