Mercredi 12 mai 2010
3
12
/05
/Mai
/2010
11:05
L’art des jardins japonais n’est plus à vanter. Mais je n’y résiste
cependant pas ! J’ai vraiment été abasourdi en les découvrant : ils miment à s’y méprendre de merveilleux petits coins de nature. Je me suis fait un peu avoir lors de mes toutes
premières visites dans ces jardins centenaires, pensant tout d’abord que les lieux étaient naturellement beaux... et particulièrement bien entretenus. Il m’a fallu, arrivé à l’extrémité de l’un
de ces jardins, voir derrière une palissade la forêt à l’état brut pour comprendre toute ma méprise. Non, ces jardins incroyables ne sont pas d’enchanteresses petites clairières mais bien des
jardins artificiels qu’un seigneur ou un dessinateur de génie à conçus patiemment ! Cette domestication de la nature à la fois minutieuse et discrète ne laisse pas d’étonner : les plus
admirables jardins que j’ai vus sont à la fois impeccables et ont pourtant la fraîcheur du naturel.
Les manteaux de mousse qui couvrent de petits coteaux vallonnés évoquent de tendres sous-bois ; ils n’en sont pas moins énergiquement balayés chaque
jour. La mousse s’épanouit partout jusqu’aux gros galets qui délimitent de profonds ruisselets ; de loin en loin une grande pierre fait office de passerelle et relie deux séries de dalles
qui tracent sous les arbres des chemins raffinés. De fins érables déploient un feuillage étoilé dont les teintes vont le plus souvent du plus franc vert clair au pourpre le plus sombre en passant
ailleurs par un doux fauve rosé. Les pins - au tronc et aux ramures malmenés comme des pieds de petites chinoises - étirent des branches horizontales et nues qui chacune porte une lourde couronne
d’épines.
Parfois, ils se penchent, et les plus
basses viennent caresser les eaux d’un large étang au bord duquel ils ont été plantés. Des rochers en trouent la surface, parfois quelques tortues s’y prélassent, et toujours des buissons d’iris
violets et d’azalées roses s’épanouissent sur ses rives. Des îles artificielles peuplées de bonzaïs et autres arbres nains parfois reliées par des petits ponts créent de véritables fantasmagories
aquatiques. Parfois, un pavillon de bois se reflète dans ces eaux peu profondes. Des arbres plus grands lui servent d’écrin, dont les frondaisons touffues offrent à l’ensemble un cadre tout en
camaïeu de verts. Autant vous dire que ces jardins me plaisent !
Par piotrinjapan
0
Lundi 10 mai 2010
1
10
/05
/Mai
/2010
16:31
Deux trois jours à Tokyo ont suffi pour que je commence à m’y retrouver un peu entre les différentes religions et écoles religieuses japonaises. La description qui va suivre n’a rien de bien
rigoureux mais voici l’idée que je me suis faite des différents styles de spiritualité et d’architectures que recouvrent les termes de Shinto, de bouddhiste
ou de zen. Le temple bouddhiste est souvent grandiose : ses
proportions sont amples, il donne sur une cour majestueuse dont les graviers cèdent la place de-ci de-là à un arbre centenaire, une grosse lanterne de pierre ou encore une fontaine à ablutions
dont la gueule de dragon crache une eau claire. Ces derniers éléments – lanterne, stèles votives et fontaine prophylactique – sont en réalité communs aux trois spiritualités que j’ai mentionnées.
Le temple bouddhiste abrite la plupart du temps sous une voûte obscure et vaste une grande statue de Bouddha baignée d’encens et souvent encadrée d’une kyrielle d’autres statues très expressives.
De grandes fleurs de lotus stylisées lui tiennent compagnie et caressent les voûtes raffinées du temple. Cette abondance d’ors, de couleurs passées, et de formes travaillées me touche
certainement moins que l’atmosphère des temples zen. Bouddhistes aussi, ils prêchent néanmoins un
bien plus grand dépouillement : on y trouve parfois de magnifiques jardins de mousse, où poussent azalées et bonzaï le long de ruisselets
artificiels ; des érables aux feuilles étoilées s’y courbent créant d’admirables jeux de lumière et de petits sentiers dallés y serpentent. L’architecture est plus stricte : entre de
longs murs clairs et rectilignes, de larges allées découpent l’espace en plusieurs temples et temples-dépendants. Sur le ciel se découpent les branches vertes des pins japonais et des toits de
tuiles vernissées aux courbures anthracite qui pointent vers le haut. Au pied des murs de bois sombre et de torchis blanchi à la chaux, ces « jardins secs » ou des milliers de petits
cailloux blancs tracent des lignes monotones autour de rochers à la symbolique profonde. Ces temples sentent fort le recueillement et la méditation, mais me sont restés assez étrangers, sans
doute par manque de culture.
En revanche, les sanctuaires
shintoïstes… Ils sentent bon l’animisme et la religion naturelle : sitôt franchi le premier torii, grand portique rouge corail - à la forme si caractéristique qu’il en
est venu à incarner le Japon pour beaucoup d’annonceurs touristiques – je me sens transporté. Les sanctuaires shintoïstes sont ceints d’une barrière de bois ou de pierre dont les interstices
réguliers laissent passer le regard. Ce premier signe est pour moi très parlant : le sanctuaire, contrairement aux temples bouddhistes n’est pas un espace totalement à part ; c’est
un lieu ouvert. Nous en avons d’ailleurs découvert un particulièrement émouvant. Nous avions eu une journée harassante, couru toute la journée de pavillon d’or en pavillon d’argent, de temples en
jardins, et la pluie avait commencé de tomber tout doucement ; la nuit aussi. En haut d’une colline boisée au cœur de Kyoto, nous avons trouvé ces clôtures rouges corail typiques qu’avait
annoncées un massif torii de pierre.
Au sommet de la colline
et au milieu de ces bois, le sanctuaire nous est apparu dans la pénombre. Deux gros lions de pierre s’y font face au pied d’un escalier qui monte vers le lieu saint. Le toit du bâtiment de bois
luit sous la pluie. Il n’y a pas un chat, la ville à quelques pas de là n’existe plus. Des petits papiers sont pliés en guirlandes et remuent dans le vent : ils portent sans doute des
prières. D’autres bâtisses de bois vont se perdre dans l’ombre de la forêt. L’air porte un parfum de fleur et d’humidité. Nous sommes restés quelques minutes dans cet endroit empli de silence et
d’esprits. Lorsque nous sommes redescendus, nous sommes repassés par deux ou trois autres torii. Aux détours des marches se cachaient de petits autels chargés d’ex-voto. Nous sommes
sortis de cette parenthèse enchantée pour aller déguster des brochettes dans un petit restau du coin.
Par piotrinjapan
1
Dimanche 9 mai 2010
7
09
/05
/Mai
/2010
03:41
Après la série des temples de Kyoto que nous avons visité tout
d’abord au pas de course puis à un rythme de plus en plus hédoniste parce qu’il faisait chaud et parce que les distances à pied étaient bien plus grandes que ce que ne laissait imaginer le plan
de la ville… nous nous sommes accordé quelques plages de repos en bord de rivière. La première pause nous a été offerte par hasard : nous marchions d’un temple bouddhiste à un temple shinto
au sud de la ville lorsque nous nous sommes retrouvés sur la berge. Après la visite du temple à pagode superbe, nous avions un peu erré dans des quartiers moins favorisés qui nous ont un peu
servi de transition vers ce drôle de spectacle fluvial. L’envers du décor, si l’on veut. Dans ce quartier modeste, une digue touffue protège la rue et les maisons du bord de la rivière des crues
du cours d’eau. De vieilles personnes sans doute y ont laissé quelques chaises en plastique sous les cerisiers ; en contrebas, une promenade pavée d’autobloquants longe le cours d’eau. Un
pont aux grosses poutres d’acier laisse bruyamment passer un vieux train vert de temps en temps. Derrière, une usine dresse sa cheminée et ses tubes un peu rouillés. Un autre aspect du Kyoto
de
tous les jours. Les soirs, un peu plus haut sur la même
rivière, les jeunes kyotoïtes se rassemblent sur les quais dans les quartiers animés et viennent boire un verre ou flirter sous les terrasses des bars à la mode des rues du Pontocho-dori et de
Gion. Ils arborent des tenues légères et sophistiquées : les formes en sont ajustées, les motifs fleuris et les coiffures élaborées. La plupart des filles ont des visages de poupées à la
peau de nacre et aux yeux charbonnés ; leurs talons fins leur donne une démarche mal assurée mais ceci ne les empêche pas de braver tous les pavés des quais et même les centaines de marches
de certains temples où nous en avons plusieurs s’aventurer vaillamment et les pieds en dedans ! Les garçons ont quant à eux d’indicibles airs de filles ou de bad boys, et le plus souvent les
deux à la fois. Cette foule détonante peuple les bords de rivière entre 18h et 22h puis les déserte totalement sans plus s’attarder.
Par piotrinjapan
0
Dimanche 9 mai 2010
7
09
/05
/Mai
/2010
03:09
Avec deux amis, nous sommes partis à Kyoto par le bus de nuit. Nous
voulions poser nos affaires dans un petit hôtel où nous avions réservé des lits sans pouvoir confirmer. A l’heure d’arrivée de notre bus, tout était encore fermé : un soleil pâle éclairait
les rues sombres et grises d’une ville frileuse et plutôt moche. Nous avons erré dans des ruelles assez étroites et bordées d’habitations plus basses, un aperçu du vieux Tokyo…
Au bout d’une rue est apparu un immense hangar. Nous nous sommes souvenus que les japonais cachent pudiquement les chantiers de construction ou de rénovation sous un échafaudage de bâches qui les
dissimulent aux passants. C’était un temple gigantesque qui était en rénovation. Son enceinte entourée d’azalées était percée de portes monumentales aux toits recourbés. Dans la cour
gravillonnée, une fontaine à gueule de dragon invite aux ablutions. Des lanternes de pierre colossales ouvrent la voie, un arbre centenaire laisse reposer ses branches artificiellement droites
sur de légers étais. A 8h, nous étions à l’hôtel pour apprendre que nous n’aurions pas de chambre… Nous avons vite décidé de nous lancer sur une piste du petit futé : une chambre d’hôte au
sud de la ville, près d’un temple renfermant la plus haute pagode du Japon. Après une très longue marche, nous avons trouvé notre gite. Bien caché dans sa venelle, il ressemble à un tripot, mais
sa façade est trompeuse : à l’intérieur, le sas est un temple privé bouddhiste. Papi nous accueille sur le pallier : il est tout fluet, édenté, tout sourires et vêtu de jaune canari. Un
vieux sage en tenue de sport ! Un retraité qui arrondit ses fins de mois en accueillant les touristes comme ses petits-enfants. Nous avons découvert à
l’étage la salle commune : une table basse chauffante entourée de
tapis duveteux, puis une rangée de lits superposés tout simples avec un drap, deux couvertures et un petit oreiller de grains de blé noir pour toute literie. Les toilettes étaient dehors et de
salle de bain, il n’y avait point ! Nous sommes donc allés une semaine durant et tous les soirs à deux pas de là, aux bains publics. Dans l’entrée, hommes et femmes abandonnent leurs
chaussures dans de petits casiers, puis après s'être acquitté des frais d’entrée vont séparément se dévêtir dans une seconde pièce équipée de plus grands casiers, d’une télé et de cendriers.
Chacun prend une petite bassine avec ses petites serviettes éponges, son savon et son shampoing et va tout nu dans la salle des bains. Elle est emplie de vapeur : le long des murs, des
douches à mi-hauteur et des tabourets en plastique ; au centre, des basins et bains remplis d’eau jusqu’à ras-bord. Sur le côté, un sauna. Il faut tout d’abord s’asseoir sur
l’un des tabourets face au mur, se laver assis et soigneusement se rincer sans éclabousser ses voisins : la bassine sert à se projeter l’eau sur le corps et les serviettes éponges sont
d’inattendus gants de toilettes ! Une fois bien propres, nous avons pu nous ‘relaxer’ dans une eau chaude à la limite du supportable. Il est possible d’alterner avec le sauna, un bain froid,
un bassin d’eau bouillonnante aux herbes, et… un bain électrique : de part et d’autre, une cathode et un électrode ( ?) envoient dans l’eau de régulières décharges ! Le même
plaisir qu’une somme de coup de jus sur des clôtures électrifiées. Sacrée surprise ! Les vieux japonais du coin s’y immergeaient avec plaisir pourtant, mais étrangement moins longtemps que
dans les bains attenants !
Par piotrinjapan
1
Samedi 8 mai 2010
6
08
/05
/Mai
/2010
12:39
Une expérience intéressante que celle du salon de coiffure de quartier. Je suis arrivé dans la petite pièce, deux
coiffeurs s’affairaient sur deux clients. L’un se faisait raser, l’autre masser ! Un spectacle peu fréquent chez les coiffeurs que je connais. Le premier officiait avec une lame simple qu’il
maniait avec légèreté et force petits ‘scritch scritch’ ténus sur les joues de son client à la peau irrégulière ; il lui avait apparemment déjà coupé les cheveux. Le second était allé
chercher une serviette-éponge chaude et fumante de vapeur qu’il a secouée avant de la lui appliquer sur le visage et de le laisser reposer quelques instants la tête en arrière. Le rasage est venu
après, dans cette même position tête renversée puis la coupe des sourcils ! Une fois leurs cheveux parfaitement brossés en arrière et lissés, ces messieurs sont partis. Est alors venu le
tour de mon voisin qui attendait à côté : entre deux âges, il arborait une chevelure vigoureuse et une coupe me semble-t-il plutôt à la mode… Quelques mots furent échangés et le coiffeur
dégaina sa tondeuse. Bien vite, il a tracé de véritables tranchées au milieu des cheveux hirsutes de mon voisin quarantenaire, et en quelques minutes, en a fait un rond bouddha ! Pour
ma part, je me suis contenté de la plus simple prestation : j’ai tout de même eu droit à une cape protectrice, puis une petite serviette autour du cou, puis une seconde cape plus grande et
enfin un col en caoutchouc proche de ceux que l’on a en France. Mes explications se firent en langage des signes improvisé, puis j’ai obtenu le résultat voulu. Je croyais en avoir fini lorsque
mon coiffeur est allé chercher quelque chose à l’arrière. Il est revenu avec un blaireau et de la mousse sur le dessus du coude : j’ai eu droit à un rasage en règle du contour des oreilles
et de la nuque tel que je n’aurais jamais cru qu’il existe ! Une expérience bon marché en plus… comment s’émerveiller du quotidien !
Par piotrinjapan
0