Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 13:19

 

Cette expérience, m’a-ton dit,  est censée représenter le point culminant de l’apprentissage du samouraï… Aujourd’hui, tout bon japonais veut l’avoir grimpé une fois dans sa vie. Des hordes de touristes de tous pays, surtout de japonais, s’y succèdent donc en bandes joyeuses puis de plus en plus harassées. Partant le soir une fois la nuit tombée, ils ne redescendent qu’après avoir contemplé du sommet le soleil levant émerger de son lit de nuages. La traduction de « Japon » y trouve alors plus que jamais tout son sens.

 

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Nous sommes partis à six vers 22h après avoir pris tout notre temps pour mirer le Mont depuis les lacs qui baignent ses pieds ! Le volcan, que les nippons appellent Fuji-san, Monsieur Fuji, jouait avec les nuages, s’en couvrant longuement le chef avant de dévoiler ses flancs au moment du couchant.  La nuit promettait d’être belle, sportive… et longue. Nous craignions un froid glacial une fois dépassés les 3000m d’altitude ; nous nous sommes donc préparés en conséquence, sans pour autant trop nous couvrir tant il faisait doux à 2300 et quelques mètres.  Une fois nos quelques lampes fixées au front, nous nous sommes lancés dans la nuit noire à la conquête de pentes raides et invisibles. Nous nous joignions aux milliers de pèlerins qui chaque jour gravissent la montagne sacrée. L’ascension nous a pris près de sept heures, en comptant les pauses, soupe de nouilles, chocolat chaud, encas divers et files d’attente sur les sentiers bondés qui conduisent au sommet.

La nuit était limpide, les étoiles plus scintillantes que jamais ; la voie lactée ne cachait rien de son tracé. Au pied du volcan, les lumières d’une bourgade brillaient, et découpaient en négatif les contours des deux lacs qui la bordent. Plus loin, au-delà des montagnes, des milliers de petits points jaunes et vacillants dessinaient le plan d’une ville immense dont nous ne connaissions pas le nom.

La fréquence des arrêts en raison de la foule et le grand nombre de refuges nous laissait tout le loisir de contempler ce spectacle et offraient de pauses bien utiles pour ne pas souffrir du mal des montagnes. Plus d’une fois, j’ai vu quelqu’un se pencher pour rendre son dîner. Au fur et à mesure de notre ascension, nous avons vu la file des randonneurs devenir plus compacte et les lumières de la ville immense à nos pieds devenir plus intenses comme la nuit devenait plus profonde, puis pâlir en même temps que le ciel. Il s’est avéré que ces lumières n’étaient autres que les éclairages de Yokohama et de Tokyo suivant l'arrondi de la vaste baie sur les bords de laquelle l’agglomération la plus peuplée du monde est sise.

CIMG3970.JPGLes foules ont commencé à ralentir tandis que l’horizon pâlissait : nous nous sommes assis dans un refuge et avons contemplé aussi l’arrivée du soleil. Elle s’est encore fait attendre quelques beaux instants. Le ciel blanchissait mais l’astre restait caché. Tout semblait figé, y compris les marcheurs engourdis tout autour de nous. Puis soudain le lit de nuages à l’Est a pris feu : rouges, roses et oranges ont couru sur cette ligne d’horizon, et bientôt tout le paysage à nos pieds s’est illuminé. Les montagnes sont apparues, presque petites en comparaison du Fuji-Yama. La mer des nuages, sombre et sans formes jusque-là, s’est subitement découpée : les rayons du matin traçaient des lignes fantomatiques dans leurs reliefs et éclairaient les vallées en deçà. Le paysage en clairs-obscurs se devinait en contrebas, plongé dans les brumes et le froid, la vague de lumière emplissant progressivement les moindres recoins.

 

Nous avons repris notre escalade pour ne pas attraper froid. Les roches rouges dans le levant nous renvoyaient une lumière orangée qui magnifiait gens et paysage. En bas, les forêts volcaniques semblaient d’un vert presque fluorescent. Les tenues incolores de nos compagnons d’ascension avaient retrouvé mille couleurs qui se détachaient sur les ocres de la montagne. Il nous a fallu encore bien deux heures pour arriver au sommet. Il y avait foule sur le cratère. Le soleil, bien levé, irradiait les alentours et la chaleur naissante du jour faisait monter en brume l’humidité des sols : nous étions au sommet d’un cirque de montagnes bleutées dont les festons et les pointes se fondaient dans les brumes, comme dans la plus délicate des estampes.

CIMG4051.JPGEn haut, sieste ou tour du cratère, selon le degré d’épuisement. Des baraques en pierres sèches sont ramassées au sommet et accueillent les pèlerins victorieux. La roche est anthracite en majorité, souvent pourpre aussi, parfois veinée d’immenses traces blanches, jaunes. Le cratère est trop vaste pour être saisi en une fois par un appareil photo lambda. Ses pentes sont encore recouvertes de névé : une glace pillée étincelante qui nous rappelle l’altitude du volcan. Un ancien observatoire occupe un des coins les plus élevés du sommet. Un sanctuaire shintoïste s’élève un peu plus loin. La foule est partout. Après avoir jeté un dernier coup d’œil au panorama, aux lacs à la surface éblouissante, aux moutonnades des nuages entre les sommets noirs tout autour, et à la mégalopole perdue sous les brumes dans le lointain, nous avons pris le chemin du retour.

 

Ceux qui ont aménagé ce parcours ont été très avisés : ils ont réservé à la descente les pentes les plus éprouvantes, autrement dit les sentes les plus fuyantes. Dans la descente, le sol se dérobe sous vos pieds et il faut sans cesse chercher un nouvel équilibre pour ne pas finir sur les fesses. Nous avons dégringolé pendant plus de quatre heures ces chemins de torture. On ne peut se fier à aucun rocher, aucun caillou : tous sont traîtres et dévalent la pente à la moindre occasion, multipliant celles de se tordre les chevilles ! Enfin, les premières traces de végétation sont apparues, puis les arbres et après plus de douze heures de marche par cette magnifique nuit blanche, nous sommes arrivés à notre point de départ.

Par piotrinjapan
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Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 12:20

 

Expérience peu commune que celle du travail dans une grande entreprise japonaise ! Nous avions été très bien introduits, que ce soit par nos tuteurs comme par nos camarades japonais. Et ce n’est pas un luxe au Japon : évidemment, sans introduction, difficile d’aller où que ce soit dans toute entreprise, mais en plus les japonais ignorent le principe même du stage… Nous avons donc soigneusement présenté à nos futurs collaborateurs les motivations de notre présence au sein de leur entreprise et leur avons expliqué comment nous concevions ce stage de terrain. Dès notre arrivée : la cérémonie répétée de l’échange des cartes de visite. Nous avions été prévenus mais c’est très drôle de le voir en vrai. Lorsque deux japonais se rencontrent, que ce soit dans un cadre informel comme professionnel, ils échangent fort civilement leurs cartes de visite selon un rituel bien établi. Chacun présente sa carte à son interlocuteur en la lui tendant bien en face, puis en accompagnant ce geste de maintes courbettes, tous deux s’échangent leur carte. Il s’agit alors pour eux de la détailler très attentivement, de faire quelques commentaires polis sur les caractères qui composent le nom de chacun et d’y déceler tout une série d’interprétations louangeuses ! Comme nous-mêmes n’avons pas de carte, c’est allé assez vite : nous en avons reçu rapidement une demi-douzaine avec la plus grande prévenance et avons pris possession de nos bureaux.

Nous travaillons à l’extrémité d’un vaste plateau qui semble à lui seul occuper la moitié d’un étage dans l’immeuble immense où nous travaillons. Comme dans une salle des marchés en banque, m’a dit ma camarade française, il n’y a aucune véritable cloison entre les tables, de sorte que je peux parler les yeux dans les yeux à mes voisins d’en face, de droite, de gauche… Notre camarade japonais nous a assuré que les travailleurs japonais détestent les cloisons qui les empêcheraient de communiquer normalement en travaillant. Et de fait, tous ont l’air de travailler constamment en équipes : de bureau à bureaux, ils se hèlent, s’interpellent, se font des blagues, se demandent conseils… Et lorsque c’est nécessaire, une petite réunion s’improvise entre deux rangées de tables. Cependant, de ce plateau immense, il ne se dégage pas une impression de vacarme mais bien plutôt une ambiance de travail efficace et effectué dans la bonne humeur. Je ne sais pas si c’est le cas dans toutes les entreprises japonaises… j’ai le souvenir d’une description moins enthousiaste dans le livre d’une jeune romancière française ! Un autre rite de passage et celui de la formation au bon usage des poubelles : cela prend une petite heure d’apprendre à trier les déchets et à les jeter au juste endroit. Personne n’a de corbeille à côté de son bureau, donc tout le monde fait le tri dans une douzaine de boîtes à ordures différentes : une pour les détritus combustibles, d’autres pour les déchets en papier, en plastic, en métal, pour les ordures d’origine organique, et j’en passe !

A midi, de petits haut-parleurs entonnent l’Hymne à la joie en sourdine : les têtes se lèvent, puis, surprise (!), sur le plateau toutes les lumières commencent à s’éteindre. Pour faire des économies d’électricité, les lampes ne sont rallumées qu’à la fin de la pause déjeuner. Il est ainsi possible de faire la sieste en se renversant en arrière dans son fauteuil ou en reposant la tête sur son bureau. Nous montons pour notre part à la cantine : je dis bien montons, car ici la cantine occupe le dernier étage et non le sous-sol. En haut, nous jouissons d’une vue admirable sur les montagnes : tout un paysage tourmenté de vallons, de vergers, de petits défilés, de villettes et de grosses usines perdues sur les pentes raides de vertes montagnes couvertes d’une forêt touffue. Quel plaisir, quand à Tokyo on voit si rarement l’horizon !

Au self-service, nous commettons l’erreur de choisir des udonsoba pour le déjeuner : ces épaisses nouilles de froment sont servies dans une soupe très savoureuse ! L’ensemble bouillant, dans un gros bol plus proche d’un petit saladier… Allez manger cela avec des baguettes lorsque vous portez un costume-cravate ! Ma compatriote et moi-même avons joyeusement et maladroitement attaqué notre plat… une demi-heure plus tard, notre tuteur s’était excusé avant de prendre congé et retourner travailler, nos chemises avaient connu un bien mauvais moment, et notre camarade japonais qui nous avait vu en détresse, la tête perdue dans notre grand bol, souriait patiemment… Les japonais sont capables de déjeuner en un quart d’heure ; et nous avions eu le temps d’entendre plusieurs fois la musique guillerette (Edelweiss, de la Mélodie du Bonheur) qui résonne toutes les demi-heures pendant le repas ! Une dernière mélodie, japonaise, celle-là, clôt le roulement des différentes divisions de l’entreprise à la cantine entre midi et deux. A la fin de la journée, dès 17h (puis toutes les heures jusque fort tard) retentit Yesterday des Beatles qui donne le signal du départ. Nous décollons. En bas du bâtiment, des agents de sécurité nous saluent courtoisement, puis un peu plus tard, sur le chemin qui conduit de l’arrêt de bus à la gare, d’autres agents de sécurité de notre entreprise qui font la circulation nous saluent très gentiment ; enfin, deux agents sur la passerelle qui mène aux quais règlent les flux des piétons… et un dernier tient une pancarte que notre camarade nous traduit : « Merci de vous être fatigué pour notre entreprise aujourd’hui » ! Ils sont des dizaines dans l’ensemble de l’entreprise payés pour notre confort et notre sécurité !

 

Par piotrinjapan
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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 15:47

La surprise qui nous attendait était encore plus abracadabrante que le dîner. Le père de notre ami nous avait réservé une soirée karaoké dans un établissement du quartier de Gion, le quartier des plaisirs tokyoïtes… et cette noble maison était tenue par des Geishas et leurs apprenties, autrement dit dans le dialecte local, des Geikos et des Maikos ! Cette fois encore, le privilège n’était pas des moindres : nous avions lu dans nos guides que très peu de touristes voire même de japonais dans leur vie ont l’occasion de passer un moment en si bonne compagnie. Les geishas sont devenues si rares au Japon qu’il faut être bien introduit pour profiter de leur présence le temps d’une soirée ! Merci encore à notre hôte providentiel ! La Geiko et sa Maiko ont pris le temps de se présenter à nous dans les formes, nous donnant leur nom et leur carte de visite, autocollantes, pour une raison que j’ignore. Puis lorsque les présentations ont été faites, nous avons commandé à boire et à grignoter, nos hôtesses nous accompagnant dans la boisson mais pas dans le grignotage ! Saké chaud, vins, bière, et shoshu de nouveau ! Nos voisines nous faisaient gracieusement la conversation, s’évertuant à nous mettre à l’aise dans ce drôle de petit salon où nous étions assis en tailleur les pieds sous une très grande table basse. Un immense écran au fond de la pièce nous faisait face et passait des images de chiots et de chatons en train de se câliner sur des musiques mièvres. La geiko assise à mon côté me fit vider mon verre à saké pour pouvoir à son tour y tremper les lèvres, me resservant aussitôt. Pas un instant dans la soirée nous n’avons eu nos verres moins qu’à demi pleins ! Bientôt, notre fier hôte demanda à lancer le karaoké : pour nous encourager, il proposait d’interpréter la première chanson. Le clip de la chanson est apparu à l’écran, un peu vieillot avec des images à l’eau de rose… Deux micros, des castagnettes à la mexicaine et un tambourin rose fluo apparurent sur la table. Lorsque le père de notre ami a commencé de chanter, nous sommes tous restés cloués : il chantait à la perfection ce vieux tube américain. Très impressionnés, nous nous sommes rappelé que le karaoké avait été inventé au Japon et qu’il restait un « sport » national ! Mais très vite, l’alcool aidant, nous nous sommes tous retrouvés à chanter sur de vieux tubes mondialement connus, que nos hôtesses nous aidaient à sélectionner sur des petites consoles dernier-cri ! Elles mêmes chantaient avec nous avec des petites voies aigues et ravies ! Leur robe bien stricte quoique soyeuse et chatoyante les empêchait de faire de trop amples mouvements mais elles y mettaient tout leur cœur, riant de leur jolie dents un peu jaunes en comparaison de la poudre de riz qui leur couvrait tout le visage et le cou, seule leur nuque sous des cheveux relevés laissant paraître le rose naturel de leur peau ! L’ambiance était devenue petit à petit géniale et décalée, quand une autre geiko et son apprentie se joignirent à nous en sombres habits d’apparat, nous firent maintes courbettes et salutations, nous donnèrent à leur tour leur nom écrits sur de petits autocollants très féminins et vinrent boire avec nous avant se s’éclipser… Il fut bientôt temps pour nous aussi de suivre le même chemin ! Mais nos deux charmantes hôtesses ne nous ont cependant pas abandonnés dans l’instant : nous accompagnant jusqu’à nos taxis (merci encore à notre hôte !), elles nous ont dix fois encore salués jusqu’à ce nous disparaissions entièrement à leur vue. Leur petite main kawai s’agitait derrière la vitre de notre véhicule au rythme de leur « bye bye » enchantés ! Cette inoubliable soirée prit fin sur ces quelques dernières images !

Par piotrinjapan
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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 13:43

Le père de l’un de nos camarades japonais est un dirigeant d’une grosse entreprise internationale dont le siège est à Kyoto. Il nous a très gentiment invités au restaurant, mais nous ne nous attendions pas à ce que ce dîner de bienvenue soit aussi extraordinaire. Le restaurant est sis dans une maison en bois traditionnelle du quartier de la mairie de Kyoto. Des femmes nous y ont accueillis, nous ont invités à nous déchausser et à leur abandonner nos effets. Puis nous avons fait connaissance avec le père de notre ami japonais et sommes passés dans la « salle à manger ». La pièce donnait sur un petit jardin de mousse japonais plongé dans la nuit ; des tatamis vert-amande couvraient le sol et les murs étaient sobrement tapissés de bois clair. Des portes coulissantes en papier de riz isolaient notre salle à manger de son vestibule,  une petite alcôve abritait trois fleurs et une statuette. Sur la grande table en bois sombre et laquée, nous attendent déjà des petits bols fumants. Notre hôte nous explique alors, accompagné des petits acquiescements aigus de l’une des serveuses, que ce restaurant à accueilli Barack Obama et son épouse lors de leur séjour dans la ville, mais aussi, dans le même ordre d’idée, Jacques et Bernadette, grands nipponophiles, ou bien encore le célèbre acteur de Harry Potter. Le ton était donné : notre dîner fut largement à la hauteur !

Les petits bols que nous avons bus en apéritif étaient emplis d’un thé délicat : dans le liquide transparent flottaient des petites billes de pain croustillant. Nous avons commandé nos boissons : vin rouge, saké chaud et shoshu, un autre alcool de riz plus fort, allongé d’eau pétillante et d’un peu de sirop de fruit. Le premier plat qu’on nous a apporté nous a ravis – une petite dizaine de plats allaient suivre – le ballet des serveuses aussi. Discrètes et s’excusant tout le temps, elles nous apportèrent de petites serviettes chaudes enroulées pour nous nettoyer les mains , puis toute la série des assiettes, bols, petits plateaux laqués et verres qu’elles ne laissaient jamais vides. Le premier bol qui est arrivé contenait une entrée de tofu frais : le léger « flan » ivoire était fourré d’une crème orange inconnue très légèrement granuleuse ; un peu de wazabi épiçait un peu le tout, qui fondait délicieusement dans la bouche. Puis vint une coupelle avec un œuf : sa coquille avait été évidée et contenait une crème à l’œuf parfaitement onctueuse, à la saveur très douce. Le plat suivant était très surprenant : dans une sorte de grande coupe de bambou à fond plat, une surprise était ligotée dans une feuille de la même plante. L’entouraient un bâtonnet de gingembre frais, un jeune épi de maïs, un sashimi de saumon et un petit poisson entier, tout grillé et ratatiné, coupé en deux en son milieu et dont un œil semblait demander « tu ne vas pas me manger, quand même ? ». Nous avons d’abord appris à déligoter le petit paquet de bambou : un sushi de crevette délicieux nous attendait à l’intérieur ! Puis j’ai regardé comment notre hôte à ma droite s’y prenait pour déguster le petit poisson gris malgré son œil implorant : entier, il l’a mis dans sa bouche sans plus de scrupules. Il m’a bien fallu suivre son exemple : c’était fameux ! sucré-salé, grillé dans une sauce exquise… et j’ai même préféré la tête à l’autre moitié. Le bâton de gingembre, d’une couleur rosé, ne devait se manger que dans sa partie plus blanche que rose : il était très doux et goûteux et accompagnait les sashimis à merveille.

Puis vint ce que j’estime le point culminant du repas : un petit bouillon clair où flottaient une rondelle de pâté de poisson aux cercles concentriques roses et blancs et une poignée de brins d’une plante inconnue. On aurait dit grossièrement une sorte de cresson en plus foncé et plus épais avec des faux-airs de petites feuilles de lotus repliées. Lorsque j’ai essayé d’en saisir un brin entre mes deux baguettes, il s’en est échappé immédiatement. Ce n’était pas que ma maladresse : la plante était couverte d’un demi-centimètre d’une gelée transparente ultra-glissante. Notre hôte nous a appris que c’était naturel : cette plante très rare et appréciée des gourmets n’est vendue que quelques kilos par an dans les meilleurs marchés du Japon. Les pousses croquantes de ce met fin sont prises dans une gelée compacte et quasi invisible dans le bouillon ! Son goût était léger et sa consistance un vrai miracle !

Suivirent trois plats différents de tempura, ces beignets divers que les portugais ont importés au Japon au temps des Grandes Découvertes. Les serveuses, tout en badinant élégamment, nous complimentant et riant la bouche pudiquement cachée derrière une main, vinrent déposer devant nous trois différentes coupelles contenant chacune une sauce pour les tempuras. Une sucrée et épicée pour les tempuras de légumes, une plus claire et salée pour ceux de poisson, et de la sauce soja à notre convenance. De petits condiments allaient avec : rondelles de cornichon vertes et mauves au vinaigre, radis blanc râpé à la saveur un peu aigre aussi. Le premier plat de tempura en comptait : deux de crevettes avec leur queue entière, une d’un autre poisson, une de cœur de lotus, l’autre de piments doux et enfin une de haricots frais, délicieusement saisis dans une panure délicate. Les suivants contenait tant de mets que je les ai oubliés, y compris tout un ensemble de petites crevettes entières en panier… Enfin, l’on nous annonça le plat de résistance : un grand bol de riz simple ou au thé vert, au choix. De nouveau, il était couvert de tempura de légumes ! En dessert, nous eûmes droit à quelques cubes de mangue fraiche avec des cerises aux teintes orangées et à leur côté, d’étranges dés d’une gelée compacte et suave nimbés de caramel.

Pour ceux d’entre vous qui ont lu cet article jusqu’ici, bravo ! Mais ce n’est pas fini : la propriétaire du restaurant vint nous offrir un carré de soie marine et lie de vin arborant les « armes » de la maison… un cadeau de remerciement ! Une longue série de photos officielles précéda notre départ. Les serveuses, charmantes, nous conduisirent jusqu’à la porte puis nous suivirent du regard jusqu’au bout de la rue, accompagnant de courbettes nos derniers saluts ! La soirée si bien avancée devait s’achever par une surprise du père de notre ami… Nous étions encore loin de nous coucher : je vous le raconterai très vite.

Par piotrinjapan
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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 11:30

 

CIMG2470Avec deux amis, nous avons voulu un soir découvrir les bois autour de Kyoto pour savoir sur quel genre de sites ces magnifiques jardins avaient été établis. Nous avions passé une grande partie de la journée à longer un long canal dont les abords ont été aménagés depuis des centaines d’années en promenade, le Chemin de la Philosophie. Le soleil étant de la partie ce jour-là, nous avons profité à plein des jeux de lumières sur ses eaux calmes. Nous balader sous les branchages accompagnés du clapotis des eaux nous reposait des visites incessantes. De temps à autre, nous changions de côté du canal pour mieux profiter des alentours : ruelles bordées de maisons de bois, ateliers d’ébénistes et de céramistes et marchands d’estampes ou autres souvenirs… Le lieu est bien connu des touristes mais a gardé son âme. Dans une ligne droite, sous le parasol de grands érables, CIMG2472.JPGun vieux japonais dessinait : assis sur une passerelle de béton, il retraçait minutieusement la vue sur le canal. Tel un Orphée aux oiseaux, il était observé dans son travail par un pigeon et quelques moineaux ! Après l’avoir contemplé aussi un instant, nous avons poursuivi notre parcours par la visite d’un grand temple à flanc de colline. En fin de journée, comme rien ne nous en empêchait, nous  nous sommes échappés dans les bois qui le jouxtent. Quel calme, dans l’obscurité tombante ! De grands résineux au tronc bronze, vert ou acajou s’élancent vers le ciel, le sol est tapissé de feuilles d’eucalyptus glissantes et la pente est raide. CIMG2514.JPGUn vrai épisode à la Miyasaki : au détour d’une colline, nous avons trouvé un petit temple shinto perdu au milieu des bois… Mais pas si perdu apparemment : comme nous gravissions la pente d’en face, nous avons remarqué des mousquetons accrochés aux arbres le long du sentier. Interloqués, nous avons poursuivi notre ascension. Au sommet, une équipe de sauveteurs nous a vus débouler avec stupeur : ils nous ont dit que la nuit allait bientôt tomber et qu’on devait rebrousser chemin. Nous étions ennuyés – car un peu perdus si on ne reprenait pas le même itinéraire qu’à l’aller -  et avons commencé à parler gentiment. Soudain, une autre partie de leur équipe est revenue, un brancard sur les bras. Tandis que ces six sauveteurs discutaient avec nous, une autre demi-douzaine était à la rescousse d’un promeneur égaré… Ce dernier, la cheville tordue, avait perdu connaissance. Ils étaient donc là à plus de dix pour le ramener en ville : des photos du sinistré furent prises, puis la redescente s’amorça, laborieuse sur ce terrain en pente raide… d’où les mousquetons ! Nous pensions en profiter pour nous carapater, mais sur le nombre qu’ils étaient, il y en avait toujours un pour veiller sur nous ; il nous raccompagna d’ailleurs jusqu’en bas, nous interdisant de reprendre notre chemin de l’aller et nous confia à un jeune pompier qui, lui, savait parler anglais. Ce dernier tenta de nous expliquer le chemin puis se décidant, nous conduisit jusqu’à la station de train la plus proche, à dix minutes à pieds de là… le sens du service japonais !

 

Une autre fois encore, nous nous sommes promenés dans une forêt : c’était au sud-est de Kyoto, vers la fin de notre séjour dans cette ville merveilleuse. Nous allions visiter le sanctuaire shinto le plus impressionnant de tout le territoire nippon ! CIMG2607Un sanctuaire qui s’étend sur des kilomètres dans les collines, déroulant ses milliers de marches sous autant de torii rouges… rappelez-vous, ces grands portiques couleur corail qui d’habitude ouvrent et closent l’espace sacré des sanctuaires shintoïste. Le sanctuaire Fushimi Inari fait dans la démesure : les toriis s’y succèdent si étroitement qu’ils font comme un long tunnel au-dessus des têtes des visiteurs. Entre deux allées de torii, on trouve parfois un cimetière, un petit temple, des oratoires, des fontaines pour se purifier et aussi des sources alimentant de petits ruisseaux qui érodent doucement les collines à l’ombre des branches des pins. L’écorce des arbres est parfois exploitée : elle sert à l’étanchéité des toits pour les temples et habitations traditionnelles ; les troncs sans écorce prennent une belle couleur acajou. Ces mêmes troncs bien droits sont peut-être aussi utilisés pour la production en série de toriis. CIMG2585.JPGNous avons rapidement remarqué que certains toriis étaient flambants neufs quand d’autres commençaient (ou finissaient) déjà de pourrir. Nous avons laissé de côté l’hypothèse d’une restauration très négligente des toriis. Progressivement, nous en sommes venus à penser que ces toriis seraient de stupéfiants ex-voto putrescibles ! Les pieds plantés à même la terre et couverts d’inscriptions toujours tournées vers le haut de la colline, donc vers le ciel, ne font-ils pas d’excellents supports pour les prières que les terriens adressent aux esprits ? L’eau s’infiltre progressivement dans les poutres et fait se gondoler la peinture rouge que le soleil décolore. Bientôt, seul le petit faîte de ces toriis reste bien net. Peut-être ressert-il dans d’autres toriis ? De temps en temps sur ces monts très raides, CIMG2621.JPGentre les troncs des arbres et des toriis, nous pouvions apercevoir en contrebas, jamais bien loin, les faubourgs de la ville gigantesque. Au terme de cette ascension au milieu des bois, après plusieurs heures dans ce dédale sacré, nous nous sommes enfin retrouvés tous les trois en bas, à comparer nos exploits… Une troupe de grands-mères venues en pèlerinage nous a suivis de peu, nullement rebutées par les escaliers sans fin. Un jeune couple redescendait également de la colline et la demoiselle portait des chaussures aux talons on ne peut plus hauts !

Par piotrinjapan
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